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par Dominique | posté le 27.05.12 vu 593x | dernière : le 16.06.13 à 6h10
Biographie simplifiée de Christine de Pisan D'après le livre de Simone roux, publié aux Editions Payot en 2006.
Les origines et l'enfance
"Je fu nez pres de Lombardie, en cité de moult grand renom, (Venise)... (Mon père) fils de noble homme et renommé fus, qui philosophe ert nommé." "Née de famille aisée, nourrie mignotement, fille de Tomaso di Benvenuto da Pizzano, grand savant, médecin, astrologue." "Hélas, je n'ai retenu que es miettes du savoir qui tombait de la haute table de mon père, alors que ma mère et ma tante au demeurant, ne voulaient m'occuper que de filasse(...)."
Christine est donc née à Venise , en l'an 1365. Son père, issu de la noblesse rurale, exerce la profession de médecin, enseignant l'astrologie et l'astronomie à l'Université de Bologne, de 1342 à 1356. Puis il entre au service de la République de Venise, où il fonde sa famille. C'est le roi de France, Charles V, qui invite Maître Tomaso en France, à Paris, en 1365. Après trois ans de séparation, toute la famille s'installe à Paris en 1368.
"Grandement fut receue la femme et enfans de ton amé philosophe maistre Thomas."
Ainsi, tous vêtus à la lombarde de riches habits et de parures dignes de leur haut rang social, ils se rendent au Louvre où séjourne le roi, et la présentation officielle se déroule devant une grande et belle assistance, c'est l'occasion de joie et de magnifiques cadeaux.
"Adonc, on m'atourna richement, comme il convient à une pucelle. On mit sur ma tête frisée et blonde, une couronne toute de pierreries et d'or, un manteau de soye blanc, sanz tache, avec une traîne, d'une attache liée au col, en la poitrine, noble affiche (broche), et une ceinture, tout estorement (équipement), qu'il appartient au parement de pucelle selon son parage. Et apres mangier, les querolles (rondes), commencerent par grant revel (dans l'allégresse), et d'instrument mainte accordance, la musique nous invita tous à la danse. La peust on veoir qui bien danse (...)
Christine mène donc une existence de Damoiselle choyée à la Cour, agrémentée de banquets se terminant en musique, en poèmes chantés et en danse, et ceci durant dix ans, c'est à dire jusqu'à son mariage, en 1380.
Qu'a-t-elle appris, au long de ces années ?
Certainement, elle a appris à fréquenter les princes et les rois, et noué des relations sociales qui lui seront utiles ensuite. Elle parle souvent de son goût pour l'étude et regrette de n'avoir pas suffisamment profité du savoir de son père. Mais voici ce qu'une damoiselle de son rang pouvait étudier : la musique et la poésie, les jeux d'improvisation, les concours de poèmes, et tout ce qui mêle vers, chants et musique. Elle parle, lit et écrit sa langue maternelle, l'italien, la langue de Dante,(écrivain qu'elle louangera dans ses oeuvres). Elle connait assez de latin pour accéder aux oeuvres de philosophie, histoire, poésie, religion... qui sont le fondement de l'homme cultivé de son temps.
Les années de mariage
En se mariant à quinze ans, Christine obéit à la coutume de l'époque, qui veut que son père lui choisisse un bon époux. Son choix se porte sur "ung jeune escholier gradué, bien né et de nobles parents de Picardie", Etienne Castel, notaire du roi.
Dans son livre "Le chemin de longue étude", Christine l'évoque en ces termes : "Je ne cesse de me rappeler celui-là seul qui rendait ma vie heureuse. (...) Il m'aimait, et c'est à juste titre car toute jeune je lui fus donnée pour épouse. Ainsi nous avions réglé entièrement notre amour et nos deux coeurs, mieux que ceux de frère et soeur, selon une même volonté dans la joie comme dans la peine. Sa compagnie m'était si charmante lorsqu'il était prés de moi.(...) C'était à bon droit, s'il me plaisait. (...)
Le bonheur conjugal dura dix ans au cours desquels Christine eut une fille et deux garçons. Fin octobre ou novembre 1390, au cours d'un déplacement à Beauvais, accompagnant le roi, une maladie foudroyante (peste?) emporte Etienne Castel. Christine se retrouve veuve à 25 ans, chargée de trois jeunes enfants (9, 7, et 3 ans), et couverte de dettes, sans fortune... Elle choisit de ne pas se remarier et c'est à ce moment-là, sans doute, qu'elle décide de vivre de son écriture. Elle va devenir la première femme auteure vivant de sa plume.
Christine instruit son fils
Les années noires
14 années durant, dit-elle, les malheurs l'ont accablées. D'abord, le chagrin et l'accablement de la perte du cher époux disparu, une dépression telle qu'elle atenté de se jeter dans les flots. Poursuites diverses, procès pour défendre ses intérêts (succession de son mari, affaires de patrimoine, litiges de loyers, de rentes, de gages dus à Etienne Castel...) vont l'accaparer.
Aprés ces choses, (...) revins à la voie qui plus naturelement me plaisoit, c'est assavoir solitaire et quoye (tranquille); adonc par solitude me vinrent au devant les rumigacions du latin et des parleures des belles sciences et diverses sentances et polie rhetorique que ouy le temps passé au vivant de mes amis trepassez, père et mary, je les avoie d'eulx. (...)
Elle restreint son train de vie, renonce en partie aux fêtes et amusements de la Cour, se consacre à l'étude, à la méditation et à l'écriture. Jusqu'en 1399, c'est le temps de l'apprentissage. Elle commence par l'histoire, puis la poésie. Elle possède l'art d'éditer des livres, de composer et de mettre en page les volumes, elle pratique l'art de l'enluminure et sans doute a-t-elle dirigé un atelier. Cependant, n'oublions pas qu'elle conserve sa fonction de chambrière d'Isabeau de Bavière et qu'elle fréquente l'hôtel de Louis d'Orléans. Ses relations vont lui permettre de conserver l'oreille des puissants, et c'est un recueil de poèmes, genre favori des princes, qui la fait connaître , en 1399.
Le dict de POISSY
Le dict de Poissy a été écrit en 1400. Il s'agit d'un texte relatant la chevauchée depuis Paris jusqu'au couvent des soeurs dominicaines de Poissy, couvent accueillant les filles nobles qui devenaient religieuses.Aucun écrit ne révèle si la fille aînée de Christine avait la vocation ou avait été contrainte d'entrer en religion pour soulager sa mère de son éducation et surtout de sa dotation en cas de mariage. En 1400, Christine vient lui rendre visite en ce couvent avec une nombreuse suite de cavaliers et décrit les lieux et l'accueil qui leur est fait.
"En arrivant au prieuré St Louis, je découvris belle cour, bien pavée, le jardin, tres doux paradis, aux murs bien clos, où croissaient plus de cent quarante arbres fruitiers, un bel enclos où folatraient daims et lièvres, lapins et chevreuils, deux viviers riches en poissons..."
Christine de Pisan offre une de ses oeuvres à Isabeau de Bavière
Une nouvelle vie
A partir de 1399, la production littéraire en prose et en vers de Christine de Pizan ne cessera plus : "Le dict de Poissy" en 1400 "Le livre du Chemin de long estude", en 1402-1403 "Le livre de la Mutacion de Fortune" en 1403 "Le livre des faicts et bonnes moeurs du sage roy Charles V" en 1404 "La cité des Dames" en 1404-1405 "L'Epistre à Isabelle de Bavière, reine de France" en 1405 "Le livre de l'advision Cristine" en 1405 "Le livre du Corps de Policie" en 1405 "La lamentation sur les maux de la France" en 1410 "Le dictié de Jeanne d'Arc" en 1429
Ce texte est le dernier connu de Cristine de Pisan : après avoir quitté Paris en 1418pour s'installer auprès de sa fille, au couvent des Dominicaines de Poissy, elle écrit de moins en mooins."Les maux de la France" l'éprouvent. La victoire de Jeanne d'Arc devant Orléans lui inspire sa dernière oeuvre. Elle s'est éteinte à Poissy, sans doute en 1430.
Voici quelques lignes écrites par elle, à travers ses oeuvres :
"Ulcérée par la folle outrecuidance de Jehan de Meung qui dans sa continuation du roman de la rose calomniait les femmes si vilainement je ripostai par le dict de la rose et fondai un nouvel ordre amoureux au coeur duquel régnait la déesse Loyauté."
"Dans ma Cité des Dames, je convoquais Raison, Justesse et Droiture pour protéger les femmes sans défense. Mais devant les armesla plume ne pèse guère.Le pays était dévasté par les luttes entre armagnacs et Bourguignons. J'entrepris néanmoins la rédaction de mon livre de la Paix que je dédiais au Dauphin mais je dus l'interrompre devant les émeutes parisiennes et le règne des Caboches et des Capeluches."
"Le massacre des prisonniers d'Azincourt par l'anglais m'inspira l'épître de la prison de vie. Devant la folie du monde, ma résolution était prise, je me retirai en l'Abbaye close de Poissy, auprès de ma fille."
Christine de Pizan a écrit sur tous les domaines, sauf celui de la théologie, réservé aux clercs et gens d'église qui ont étudié à l'Université et sont gradés. Elle s'est fait d'abord connaître par ses talents de poétesse, et ses ouvrages ont connu du succès dès leur parution.Sa clientèle était noble puis les érudits de son temps l'ont reconnue comme une des leurs. Les épîtres (correspondance) ont été également une forme littéraire que Christine a utilisées. Elle a aussi écrit des traités d'éducation, de morale et de conseils de vie. Reconnue de son temps et louée tout au long de la Renaissance, elle tomba dans l'oubli jusqu'au début du XXème siècle. Elle est désormais le sujet de nombreuses recherches et études qui mettent en lumière son oeuvre.
A Poissy, il existe une avenue Christine de Pizan (ou de Pisan) qui longe l'ancienne Abbaye depuis longtemps détruite, et le Musée du jouet a été installé dans la porterie du couvent. Ne manquez pas d'aller vous y promener, une voie pavée, un jardin médiéval, et tout au bout de la voie, "la Grange" puis le parc Meissonnier sont des lieux où Christine a cheminé sur son "chemin de longue étude". .